Sur le gecko insulaire, pollinisateur et disperseur de graines

• 2011/numéro 2-Décembre 2011: par Bruno Corbara

Sur la pollinisation des fleurs et la dissémination des graines par les geckos :

Olesen J. M. & Valido A., 2003. Lizards as pollinators and seed dispersers: an island phenomenon. Trends in Ecology and Evolution, 18 (4), 177-181.

Les auteurs de cet article défendent l’idée que le rôle des "lézards" (au sens large du terme c’est-à-dire incluant en particulier les geckos), comme partenaires mutualistes des plantes, a largement été sous-estimé que ce soit dans le contexte de la pollinisation ou dans celui de la dissémination des graines. D’autre part, en se basant sur un grand nombre d’exemples, ils défendent l’idée que l’importance des lézards dans la pollinisation et la dissémination des graines est un phénomène très nettement insulaire. Selon Olesen & Valido, les populations de lézards dans les îles atteindraient des niveaux de densité très élevés, ceci étant dû, en particulier, à une pression de prédation plus faible s’exerçant sur eux. En conséquence de cette plus grande densité, leur régime alimentaire (habituellement nettement insectivore) s’élargirait et pourrait inclure du nectar, du pollen et des fruits. C’est dans ce contexte général que doivent être appréhendés les travaux réalisés sur le gecko Phelsuma cepediana de l’île Maurice.

Sur la pollinisation des fleurs et la dissemination des graines par les geckos Phesulma de l’île Maurice :

Nyhagen D. F., Kragelund C., Olesen J. M. & Jones C. G., 2001. Insular interactions between lizards and flowers: flower visitation by an endemic Mauritian gecko. Journal of Tropical Ecology, 17, 755–761.

Reprenant des observations réalisées par d’autres aux Baléares et en Nouvelle-Zélande sur les interactions de certaines espèces de lézards insulaires avec des fleurs, les auteurs de cet article montrent que les geckos Phelsuma ornata de l’île Maurice visitent régulièrement les fleurs de leur environnement pour se nourrir de nectar et qu’ils transportent ainsi du pollen. Les auteurs n’en concluent pas pour autant que ces geckos assurent un quelconque rôle de pollinisateur. Il faudra attendre les travaux de Dennis Hansen relatés dans la rubrique Entr’Espèces de ce numéro 2 d’Espèces, et réalisés sur un autre gecko, Phelsuma cepediana, pour démontrer que ce dernier est vraiment un mutualiste d’une plante de l’île, non seulement en tant que pollinisateur, mais aussi en tant que disperseur de ses graines.

 

Hansen D. M., 2005. Pollination of the enigmatic mauritian endemic Roussea simplex (Rousseaceae): Birds or geckos ? Ecotropica, 11, 69-72.

L’auteur observe que les fleurs de Roussea simplex sont essentiellement visitées par trois espèces très différentes qui exploitent son nectar : un oiseau, un gecko et une fourmi et montre que la nature collante du pollen et les cararctéristiques de la fleur sont plutôt compatibles avec l’hypothèse d’une pollinisation par les geckos.

 

Hansen D. M. & Müller C. B., 2009. Reproductive ecology of the endangered enigmatic Roussea simplex (Rousseaceae). International Journal of Plant Sciences, 170(1), 42–52.

Dans cet article, les auteurs montrent que si elles sont visitées par diverses autres espèces animales (oiseau, insectes), les fleurs de l’arbuste Roussea simplex sont efficacement pollinisées par le gecko Phelsuma cepediana. Ce dernier est non seulement l’unique pollinisateur de cette plante en voie de disparition, mais c’est aussi lui qui assure la dispersion de ses graines.

Hansen D. M. & Müller C. B., 2009. Invasive ants disrupt gecko pollination and seed dispersal of the endangered plant Roussea simplex in Mauritius. Biotropica, 41(2), 202-208.

Les auteurs montrent que les ouvrières de la fourmi Technomyrmex albipes en exploitant le nectar des fleurs de Roussea simplex, en excluent, par leur agressivité, le gecko Phelsuma cepediana, empêchant souvent celui-ci de jouer son rôle de pollinisateur de la plante. Cette dernière, déjà en voie de disparition, voit donc son avenir très compromis en raison d’une espèce de fourmi invasive, récemment introduite dans l’île.

Hansen D. M., Kiesbüy H. C., Jones C. G. & Müller C. B., 2007. Positive indirect interactions between neighboring plant species via a lizard pollinator. The American Naturalist, 169 (4), 534-542.

Les auteurs montrent que les plantes pollinisées par le gecko Phelsuma cepediana, comme Roussea simplex et Trochetia blackburniana, sont indirectement favorisées par la présence dans leur environnement d’arbres de l’espèce Pandanus. Ces derniers servent de refuge pour les geckos qui pollinisent les fleurs de Roussea et de Trochetia, en particulier vis-à-vis du prédateur traditionnel des geckos, le rapace endémique Falco punctatus.

Deso G., Probst J-M., Sanchez M. & Ineich I. 2008. Contribution à la connaissance de deux geckos de l’île de La Réunion potentiellement pollinisateurs : Phelsuma inexpectata (Mertens, 1966) et Phelsuma borbonica (Mertens, 1966) (Sauria : Gekkonidae). Bulletin de la Société herpétologique de France, 126, 9-23.

Dans cette étude portant sur deux Phelsuma de la Réunion, les auteurs montrent que, comme à l’île Maurice, les geckos ont sans doute un rôle de pollinisateur dans cette autre île des Mascareignes.

Sur l’association Hirtella physophora/Allomerus decemarticulatus/ Trimmatostroma cordae

• 2011/numéro 1-Septembre 2011: L’arbuste, les fourmis et le champignon par Bruno Corbara

Bibliographie spécialisée en anglais

Dejean A., Solano P.J., Belin-Depoux M., Cerdan A. & Corbara B., 2001. Predatory behavior of patrolling Allomerus decemarticulatus workers (Formicidae; Myrmicinae) on their host plant. Sociobiology, 37, 571-578.

Travaux qui décrivent la façon qu’ont les ouvrières d’Allomerus de chasser à la surface des feuilles de l’arbuste Hirtella, notamment en écartelant leurs proies.

Dejean A, Solano PJ, Ayroles J, Corbara B, Orivel J, 2005. Arboreal ant build traps to capture prey. Nature 434: 973.

http://www.nature.com/nature/journal/v434/n7036/full/434973a.html

Article qui décrit pour la première fois l’utilisation et la fabrication d’un piège par des fourmis.

Ruiz-González M-X, Malé P-J, Leroy C, Dejean A, Gryta H, Jargeat P, Quilichini A, Orivel J, 2010. Specific, non-nutritional association between an Ascomycete fungus and Allomerus plant-ants. Biology Letters. doi: 10.1098/rsbl.2010.09

http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/7/3/475.abstract

Article qui décrit avec détails le rôle du champignon dans la structuration du piège.

Leroy C, Delmas-Séjalon N, Jauneau A, Ruiz-González, M-X, Gryta H, Jargeat P, Corbara B, Dejean A & Orivel J, 2011.

Trophic mediation by a fungus in an ant-plant mutualism. Journal of Ecology, 99, 583-590. doi: 10.1111/j.1365-2745.2010.01763.x

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1365-2745.2010.01763.x/abstract

Article qui démontre qu’au delà de son rôle dans la structuration du piège, le champignon intervient dans les échanges de nutriments avec l’arbuste.

Ruiz-Gonzalez M. X., Corbara B., Leroy C., Dejean A., Orivel J., 2010. The weaver wasp: spinning fungus into nest. Biotropica, 42, 402-404.

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1744-7429.2010.00645.x/abstract

On sait que les arbres à fourmis hébergent souvent des nids de guêpes sociales. Celles-ci, en s’accommodant de la présence des fourmis résidentes, trouvent ainsi un site de nidification protégé de la présence d’autres fourmis prédatrices qui pourraient menacer le couvain des guêpes. Certaines guêpes non sociales construisent aussi leur nid sur des myrmécophytes. Cet article décrit le cas de la guêpe non sociale Nitela constructor, nouvelle espèce trouvée pour la première fois sur les Hirtella habités par des Allomerus et qui - fait unique- construit son nid en utilisant des hyphes de champignon. Le champignon en question n’est pas le même que celui qu’utilisent les Allomerus pour fabriquer leur piège. Il s’agit d’une autre espèce qui se développe sur les nectaires de la plante.

Au fur et à mesure des recherches, les connaissance sur le réseau d’interactions spécifiques autour du myrmécophyte Hirtella physophora ne font que s’agrandir…


Bibliographie plus générale sur les associations plantes-fourmis :

Rico-Gray V. & Oliveira P.S., 2007.

The ecology and evolution of ant-plant interactions. University of Chicago Press.

La référence actuelle en anglais.

Jolivet P., 1986. Les fourmis et les plantes.

Un exemple de coévolution. Boubée.

Le seul livre sur le thème en français ; largement dépassé en raison des très nombreuses recherches réalisées sur le thème au cours des 25 dernières années.

Des chercheurs et des laboratoires

Les travaux sur les interactions entre la fourmi Allomerus decemarticulatus, l’arbuste Hirtella physophora et le champignon Trimmatostroma cordae ont été réalisés par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs appartenant principalement aux institutions suivantes.

Laboratoire ECOFOG (Ecologie des Forêts de Guyane)

BP 316 - F-97379 Kourou cedex

Guyane Française

http://www.ecofog.gf/




Laboratoire EDB (Evolution et Diversité Biologique)

Université Paul Sabatier

118, route de Narbonne


31062 Toulouse cedex 9

France

http://www.edb.ups-tlse.fr/

LMGE (Laboratoire Microorganismes : Génome et Environnement)

Université Blaise Pascal

24, avenue des Landais

BP 80026

63171 Aubière cedex

France

http://www.lmge.univ-bpclermont.fr/



LRSV (Laboratoire de Recherche en Sciences Végétales)

Pôle de Biotechnologies Végétales

24, chemin de Borde Rouge 
B.P. 42617 Auzeville

31326 Castanet-Tolosan

France

http://www.lrsv.ups-tlse.fr/

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